Vaccin antigrippe : Comment l’Ordre des pharmaciens a enfumé les députés

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Cet article a été publié le 15/10/2018 par Brigitte Femenia et a été consulté 146 fois.

Les pharmaciens viennent d’obtenir l’autorisation de vacciner contre la grippe. Non pas pour vacciner ceux qui ne l’étaient pas… mais pour vacciner nos propres patients… Un premier pas vers les soins infirmiers en pharmacie ?

Les pharmaciens viennent d’obtenir l’autorisation de vacciner contre la grippe. Non pas pour vacciner ceux qui ne l’étaient pas… mais pour vacciner nos propres patients… Un premier pas vers les soins infirmiers en pharmacie ?

« Le langage des chiffres a ceci de commun avec celui des fleurs, on leur fait dire ce qu’on veut ». Remarquable fleuriste, l’Ordre des pharmaciens a composé un bouquet de chiffres dans ses Cahiers publiés en juillet 2016 pour convaincre nos députés d’autoriser à titre expérimental (pour 3 ans) les pharmaciens à administrer le vaccin contre la grippe. Plus sensibles aux fleurs qu’aux chiffres, les députés ont adopté cette mesure en première lecture du PLLFSS 2017….et pourtant !

Seulement 46,1 % de la population couverte contre la grippe lors de la saison 2014-2015 annonçait l’Ordre des pharmaciens dans sa communication (page 5) alors que l’objectif fixé par l’OMS était d’au moins 75%.

http://www.ordre.pharmacien.fr/content/download/278092/1458518/version/2/file/CTOP009_Les+pharmaciens+et+la+vaccination.pdf

Cela sous-entend que 53,90 % des assurés sociaux qui ont reçu le fameux « bon bleu » de l’assurance maladie n’ont pas été vaccinés, n’est-ce pas ? Au passage, si l’on fait un petit raccourci, c’est stigmatiser le travail des infirmières libérales et des médecins qui ne seraient pas à la hauteur de cette mission de santé publique.

Et bien figurez-vous que les députés n’ont pas vu le lièvre caché dans le bouquet. En effet, l’OMS* ne parle pas uniquement des patients qui, en France, reçoivent « le bon bleu » (+ de 65 ans, personnes souffrant d’affections chroniques : diabétiques…). Elle y ajoute aussi…les nourrissons !

Alors effectivement, à ce compte-là on explose les statistiques ! D’ailleurs, entre nous, dans quel pays vaccine-t-on les nourrissons contre la grippe de manière habituelle ?

Souhaitons ensemble bon courage aux pharmaciens pour essayer de convaincre les parents de vacciner contre la grippe les enfants de moins de deux ans (sans “bon bleu” et sans ordonnance…). Il leur faudra prévoir de bons avocats et une bonne assurance, car à chaque fois que le petit aura la moindre rougeur, ça sera « à cause du pharmacien qui l’a vacciné quand il était petit »…

La vérité est toute autre : ce ne sont pas les nourrissons qui intéressent les pharmaciens, mais bien la même population que celle que nous voyons tous les jours : nos patients et futurs patients…

La FNI interpelle directement les députés. Elle les invite à se renseigner sur le nombre de vaccins antigrippe délivrés par les pharmaciens et le nombre de « bons bleus » envoyés par les Caisses : c’est à quelques pour-cent près la même chose, donc, les infirmières, les médecins et leurs patients suivent tout à fait les recommandations.

La FNI invite, pendant qu’il est encore temps, chaque infirmière libérale à appeler sans attendre la permanence parlementaire de son député et de son sénateur pour dénoncer cet enfumage et leur demander de s’opposer à l’adoption de cette mesure. Sensibilisez vos collègues, c’est le nombre des appels qui fera la différence en cette période pré-électorale.