Sortir de la crise du système de santé en remplaçant les médecins par les infirmières

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Cet article a été publié le par Brigitte Femenia et a été consulté 205 fois.

Accorder plus de prérogatives aux infirmières libérales et hospitalières, la demande n’est pas récente, mais elle a pris une nouvelle dimension ces dernières semaines, notamment en raison de la crise qui sévit dans les services d’urgence. Est-ce réellement envisageable et pour quels effets ?

Accorder plus de prérogatives aux infirmières libérales et hospitalières, la demande n’est pas récente, mais elle a pris une nouvelle dimension ces dernières semaines, notamment en raison de la crise qui sévit dans les services d’urgence. Est-ce réellement envisageable et pour quels effets ?

Des infirmières pour remplacer les médecins, une solution simpliste ou une opportunité à saisir ?

Tous les pays occidentaux connaissent, à peu près, la même problématique s’agissant de leur système de santé publique. Le constat reste bien plus significatif en France, puisque notre pays est souvent cité comme un des pays disposant d’un des meilleurs systèmes de soins au monde. En France, comme partout ailleurs, on constate une hausse de la demande de soins, et cette hausse est appelée à se poursuivre, et ce pour deux principales raisons :

  • L’augmentation des pathologies complexes ou des patients multi-pathologies
  • Le vieillissement de la population

 

Cette augmentation de la demande de soins a du mal à être compensée aujourd’hui, car on note, notamment en France, un manque criant de médecins généralistes ou spécialisés (et on pense immédiatement à la multiplication des déserts médicaux). Enfin la croissance économique de notre pays n’offre pas les ressources suffisantes pour augmenter, de manière conséquente, les budgets consacrés au système de santé. Ces problèmes de financement viennent s’ajouter à cette pénurie de médecins. D’un côté, la demande de soins, qui s’accroit, et de l’autre une offre de soins, que l’on n’arrive pas à augmenter. Le Ministère de la Santé semble avoir pris la mesure de cette distorsion, en annonçant l’année dernière des mesures sur le long terme visant à répondre à cette problématique, comme par exemple avec la suppression du numerus clausus pour les médecins. En revanche, la solution ne sera pas immédiate, et il faut donc faire face à un véritable défi pour le système de soins en France. Pourquoi ne pas déléguer certaines tâches des médecins aux infirmières libérales ou hospitalières ? La question est posée depuis de nombreuses années par les syndicats représentatifs de la profession infirmière.

Des expérimentations concluantes ailleurs dans le monde

 

La question ne concerne pas uniquement la France, et la revue Cochrane a réalisé une synthèse, en 2018, dans des pays comparables à l’état de la France. A travers 18 études scientifiques, les auteurs de cette synthèse cherchaient à s’interroger sur les conséquences d’une délégation des soins de santé primaires des médecins aux infirmiers. Il ressort de cette synthèse très détaillée, que les infirmières et infirmiers connaissent des temps de consultation plus longs que les médecins.

Les auteurs concluent que «  que pour certains troubles physiques continus et urgents et pour les maladies chroniques, les infirmiers(ères) formé(e)s, comme les infirmiers(ères) praticiennes et les infirmiers(ères) autorisé(e)s, fournissent probablement des soins de qualité égale ou peut-être même meilleure que les médecins de soins primaires, et obtiennent probablement des résultats égaux ou meilleurs pour la santé des patients »

 

La délégation vers les infirmières libérales et hospitalières, une réalité dans un futur proche

Puisque cette synthèse a été réalisée dans des pays comparables à la France, on peut donc légitimement s’interroger sur la pertinence d’une adaptation d’un tel dispositif à notre système de soins. Mme Agnès Buzyn, Ministre de la Santé, a déjà fait un premier pas au cours des premières semaines de septembre 2019, en élargissant le champ d’intervention des infirmières de pratique avancée (IPA) au premier recours, lorsqu’elles seront rattachées au service d’urgences. Faut-il voir dans cette mesure une réponse apportée à la crise, qui a frappé (et qui dure toujours) de nombreux services d’Urgence en France ou faut-il y lire une évolution de la doctrine publique, qui pourrait déboucher sur une délégation plus importante vis-à-vis des infirmières libérales et hospitalières ? la question est posée, et l’étude, citée en référence, atteste que déléguer les soins des médecins aux infirmières ne serait pas négatif, bien au contraire, sur un plan purement médical.

En revanche, le constat originel faisait également état d’une crise de financement du système de soins en France. Les auteurs de Cochrane ont pu conclure, que le recours aux infirmières ou infirmiers n’avait pas eu d’impact significatif sur le coût des soins prodigués. En d’autres termes, faire appel aux infirmières en lieu et place des médecins ne coûte pas moins cher, et la question des budgets reste alors posée.

 

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